PROPAGANDE ET JEUX POLITIQUES
CHEZ LES MAYAS DE LA PÉRIODE CLASSIQUE |
| Par David Chicoine Étudiant a la maîtrise, département d'anthropologie Université de Montréal grandave@hotmail.com |
Résumé La présent article traite de la propagande et de ses relations avec les domaines politique et militaire chez les Mayas de la période Classique (A.D. 200-910). Suite a de récentes contributions épigraphiques et hiéroglyphiques, les mayannistes ont maintenant acces ades registres historiques rapportant une vaste gamme d'événements politiques, militaires ou autres. Cependant, la véracité de ces informations historiques peut, et doit être questionnée. C'est ce que cet article propose, alors que nous y cernons la nature et le contexte de la propagande politique maya. Apartir de données épigraphiques, iconographiques et archéologiques, nous appuierons l.hypothèse que les domaines généalogiques, militaires et politiques, sources importantes de prestige et essentiels à la légitimation du pouvoir, étaient facilement et fréquemment manipulés par l'élite maya. |
Depuis les travaux révolutionnaires de Berlin1, Proskouriakoff2 et Kelley3, l'archéologie des basses terres mayas n.a cessé de bénéficier d.apports des domaines épigraphique et hiéroglyphique. En plus de contribuer de façon substantielle au déchiffrement des inscriptions, ces derniers changèrent radicalement notre perception des Mayas. L.image de la théocratie pacifique obsédée par des considérations temporelles4 s.est volatilisée, et il est aujourd.hui possible d'accéder à des registres historiques rapportant un vaste éventail d.événements politiques, militaires ou autres mettant en relief un jeu complexe d.interactions entre divers centres souverains5. Toutefois, les concepts de stratification sociale, d.action politique et de propagande se retrouvant plus souvent qu'autrement liés, il devient alors évident que la véracité des informations recensées sur les monuments publics mayas peut être questionnée. |
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Le système d'écriture mésoaméricain étant souvent perçu comme «both a tool and a by-product of [a] competition for prestige and leadership positions» (Marcus 1992: 15), contenu ainsi que son utilisation deviennent donc des éléments analytiques de choix dans la compréhension des composantes politiques et militaires de la civilisation maya7. La présente étude se propose donc de cerner le contexte dans lequel prirent formes les différents types de propagande observables à travers les documents sacrés de la période Maya Classique (A. D. 200-910) (Hammond 1991: 253; Schele et Mathews 1988: 16). Cette démarche devrait nourrir l.hypothese que les domaines généalogiques, militaires et diplomatiques, sources importantes de prestige (Schele 1991: 73; Webster 1998; 337) et essentiels a la légitimation du pouvoir, sont facilement et fréquemment manipulés. Nous tenterons alors de focaliser sur les implications sociales d.une pratique vieille comme le monde et à notre avis indissociable du mouvement politique contemporain: la propagande politique. |
| Systeme d'écriture, iconographie et espace sacré
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Roi Cauac-Cielo 730 a .J.C. |
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Le contenu
de ce systeme symbolique est vaste et la présence de dates calendaires
tres précises8, de «glyphes emblemes»9 et d'événements historiques fournit
de précieux renseignements a propos des rois, de leurs ascendances généalogiques
et de leurs exploits militaires (Hammond 1982: 200; Marcus 1974 :
92; Mathews 1991 : 24-25; Proskouriakoff 1960 : 471; Schele et Miller
1986: 104). |
Il s'agit
donc d'un systeme contrôlé par l'élite et son acces est relativement restreint.
Seulement quelques membres de la classe dirigeante sont chargés d'écrire
l'histoire (ah wooh et/ou ah ts.ib (Marcus 1992: 80)) et le souverain
(ahau (Marcus 1992: 211; Freidel et Schele 1988b: 547) ou k.ul ahau (Freidel
1992: 115)) décidera des détails a divulguer. Quant au public, la
majorité ne sachant pas lire, il est clair que ces registres visaient
une classe sociale de haut rang, alors que le commun des mortels pouvait
être rejoint en décrivant oralement, rituellement ou matériellement les
événements enregistrés littéralement. Le contexte public et sacré, ainsi
que le contenu des steles, linteaux, escaliers hiéroglyphiques10 et pans
de murs témoignent donc bien de la fonction légitimisante de l'art monumental
maya. |
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Le roi, détenant un monopole certain sur la vérité (Marcus 1983: 470) de même qu.un acces privilégié aux symboles de pouvoir (Freidel 1992 : 116; Marcus 1974 : 83-84), manipulera alors à sa guise l.histoire, et ce dans un contexte cosmologique et idéologique offrant de multiples options et avantages. Par contre certaines contraintes devront être respectées et les inscriptions publiques devront se conformer de façon cohérente à la mémoire collective. Intégrant à la fois des faits mythiques et historiques, le système d.écriture maya constitue donc, comme nous l.aborderons au point suivant, un outil puissant de propagande. Devant cette situation, l'archéologue et l'épigraphe devront faire preuve de relativisme et tenir compte des motivations, intérêts et stratégies des différents acteurs et ce, s.ils veulent réussir à dresser un portrait révélateur de la réalité historique maya. Néanmoins, les limites de leur compréhension resteront dépendantes de celles «within which Maya rulers [.] chose to commemorate significant events, both historical and calendric, in their reign by erecting monuments themselves embodying dynastic and political information in the context of a complex and unified vision of the progress of time and the structure of the cosmos» (Hammond 1991: 253). Mythe, histoire et propagande
Préalablement a cette contextualisation
de la propagande politico-militaire maya, une question devrait être
posée : mais qu'entend-on au juste par propagande? Pour certains auteurs
elle se résume à un «special type of speech, art, or writing whose goal
is to influence the attitude of a target goup of people» (Ellul 1973
tiré de Marcus 1992 : 10), et elle «draws on history, but simplifies
it by focusing attention on idealized models and stereotypes» (Marcus
1992 : 11). La propagande maya est donc non distinguable de l.histoire
et du
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Royauté, pouvoir et organisation politique Dans les basses terres
mayas, les origines du pouvoir politique centralisé16 et de la royauté
comme légitimement responsable de son administration sont anciennes17.
Archéologiquement, ces dernières seraient intimement liées al.apparition
des stèles Altérités, dans les basses terres mayas. On y perçoit alors
une augmentation de l.importance des lignages royaux comme point focal
de l.identité religieuse et politique18. L.institution du ahau (littéralement
l.«esprit divin» ou le «souverain sacré») serait donc apparue, selon Freidel
et Schele19, au cours du premier siècle précédant la naissance du Christ,
alors que les représentations complémentées de dates calendaires devront
patienter encore quelques siecles. En plus d'incarner matériellement
l.axis mundi20, sa position centrale et sa nature divine lui permettent
de transcender les infra- et supra-mondes21 tout en restant terrestrement
chargé des rituels (Schele et Miller 1986 : 42; Viel 1999 : 396-397).
Ses fonctions et son statut le placent donc au centre de toutes les activités
cérémonielles importantes et nécessaires à la reproduction sociale (Freidel
1986 : 96-98). Par contre on doit rapidement se rendre à l.évidence que
ce cumul fonctionnel entre directement en conflit d.intérêt22 avec sa
position politique de dirigeant. Pourtant, et comme nous l.avons vu antérieurement,
le système de pensée mésoaméricain n.y voit qu.un tout idéologiquement
cohérent. Chez les Mayas ce phénomène
prend une forme particulière, alors que le chef aspirant au prestige devra
descendre d.un lignage royal siégeant très près des ancêtres mythiques
notoires. De plus le souverain sacro-saint influant devra se gonfler d.un
passé historique glorieux. e son vivant il devra donc faire preuve d.imagination
stratégique, et ce de la même façon qu.il devra soigner son image. Une
bonne image de marque peut s.atteindre de plusieurs manières, mais les
plus populaires sont la projection charismatique, les contacts avec d.autres
prestigieux dirigeants, et surtout, l'aptitude à combattre et à capturer
ses rivaux royaux. L.élite des basses terres
mayas pourra donc entretenir des conflits militaires dans le but de prouver
sa force, conditionner ses rituels, et finalement légitimer sa position
de dominance et son avantageux accès aux ressources (Freidel 1986 : 95;
Webster 1977 : 351- Comme nous l'avons brievement
définie, la guerre maya constitue un espace d.une importance socio-politique
capitale32. Sa charge symbolique est telle, qu.en plus de s'y trouver
hautement ritualisés, les conflits sont structurés autour d.événements
astronomiques33 et cosmologiques (Martin 1994b : 1). Principalement rituelle,
la guerre ne visait théoriquement pas l.anéantissement physique de l.ennemi,
mais bien sa subjugation et sa subséquente soumission. Ainsi entendu le
domaine militaire maya Paradoxalement, l'entretien
de différends militaires impliquaient aussi l'alimentation de relations
d'ordre pacifique et diplomatique. Parmi celles-ci, les scribes mayas
ont rapporté épigraphiquement de multiples visites royales, démonstrations
de subjugation et des mariages royaux (Schele et Mathews 1991 : 228).
L.union maritale royale, qui pouvait être de plusieurs types35, servait
ainsi plusieurs desseins politiques. L'échange de partenaires pouvait
souder l.anastomose d.un centre subjugué, établir des alliances interethniques
et/ou interdynastiques, ou tout simplement réaffirmer des relations tributaires
entre des agglomérations hiérarchiquement distinctes (Marcus 1992 : 223-224).
Cette sexploitation (Molloy et Rathje 1974) représentait donc un outil
de choix, essentiel au travail diplomatique des dirigeants mayas. Ainsi
conçues, les relations diplomatiques de même que l.ensemble des interactions
politiques représentaient des espaces propices aux manipulations de toutes
sortes. La diffusion d.informations visant à manipuler l.opinion publique
pouvait prendre plusieurs formes, et nous tenterons ici d.en expliciter
les principales, ainsi que d.en exemplifier la nature de façon concrete.
L'érection de monuments
rétrospectifs témoigne aussi, quant a elle, d'une volonté profonde de
projeter une image vertueuse, voir prophétique. Ce type de propagande
est exemplifié a Yaxchilán, alors que sur le linteau 6 (daté du 16 octobre
752) on aperçoit Bird-Jaguar échanger un sceptre (basket-staff) avec Kan-Toc
(un de ses cahal). Cela n.a en soi rien d.exceptionnel, si ce n.est que
ce linteau est de deux ans et demie plus jeune qu.un autre, le linteau
8 (9 mai 755) (voir figure 5), sur lequel on retrouve les acteurs faisant
conjointement des captifs, dont Jeweled Skull (Schele et Freidel 1990
: 296). Il est donc fort probable que le linteau 6 fut produit après l.événement
enregistré sur le linteau 8, mais qu.on l.ait daté de deux ans plus jeune
dans l.idée de se conformer au complexe rituel entourant la bataille (Marcus
1992 : 417-418; Schele et Miller 1986 : 213). Tout comme plusieurs formes
modernes de mouvement politique, la sphère maya intégrait
à merveille les concepts d.idéologie, de pouvoir et de propagande. Ce
phénomène d.intégration, que l.on
pourrait croire universel à toute forme de propagande, est généralement
exprimés à travers les véhicules médiatiques mis à la disposition de l.entité
politique en place. Chez les Mayas, la médiatisation de |
Conclusion
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Notes
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